En Afrique de l'Ouest, la gouvernance locale reste l'un des leviers les plus puissants pour réduire les inégalités de genre. Pourtant, dans de nombreuses communes, les politiques publiques, les plans de développement et les budgets sont encore élaborés sans tenir compte des besoins spécifiques des femmes, des jeunes et des groupes vulnérables. Face à ce constat, le Réseau des Femmes pour le Développement (REFED), basé à Dapaong dans la région des Savanes au nord du Togo, a décidé d'agir directement à la source : les institutions communales elles-mêmes.
C'est dans cette perspective qu'un atelier de formation de deux jours a été organisé à la salle de réunion du REFED, réunissant vingt acteurs clés des quatre mairies de la préfecture de Tône. Une initiative portée avec l'appui financier et technique de Speak Up Africa et Voix Essentielles, deux partenaires engagés pour la promotion de la santé, de l'égalité et du développement durable en Afrique.
Pourquoi former les acteurs communaux sur le genre ?
La question du genre dans la gouvernance locale n'est pas anecdotique. Selon les données de l'Union interparlementaire, les femmes représentent moins de 25 % des élus locaux en Afrique subsaharienne. Au Togo, malgré les avancées législatives récentes, les inégalités persistent dans l'accès aux ressources, à la prise de décision et aux services publics.
Les communes, en tant que premières institutions au contact des populations, ont un rôle déterminant à jouer. Lorsqu'elles planifient sans intégrer le genre, elles reproduisent mécaniquement les inégalités existantes. Lorsqu'elles budgétisent sans analyser les besoins différenciés des femmes et des hommes, elles allouent des ressources qui ne profitent pas équitablement à tous.
C'est précisément pour briser ce cycle que le REFED a conçu cette formation, en ciblant les profils stratégiques : secrétaires généraux, planificateurs, chargés des finances et femmes membres des conseils municipaux de Tône 1, 2, 3 et 4. Vingt participants, vingt acteurs capables de transformer les pratiques dans leurs communes respectives.
Une ouverture placée sous le signe de l'engagement collectif
La cérémonie d'ouverture a donné le ton de la formation. Le secrétaire général de la mairie de Tône 1, représentant Madame le Maire, a salué l'initiative du REFED et encouragé les participants à s'impliquer pleinement dans les travaux. Le superviseur du REFED a rappelé l'urgence de prendre en compte le genre dans les politiques communales pour répondre efficacement aux inégalités qui freinent le développement local.
C'est le représentant du préfet de Tône qui a officiellement lancé les travaux, en invitant les participants à transformer les connaissances acquises en actions concrètes au sein de leurs institutions. Un signal fort envoyé par les autorités administratives, qui reconnaissent dans cette formation un outil stratégique pour la région des Savanes.
Module 1 : Genre et sexe : poser les bonnes bases pour agir
Toute démarche de gouvernance inclusive commence par une compréhension solide des concepts fondamentaux. C'est l'objet du premier module, qui a permis aux participants de distinguer clairement le sexe, donnée biologique et universelle, du genre, construction sociale variable selon les cultures, les époques et les contextes.
La formatrice a développé plusieurs notions essentielles : inclusion sociale, stéréotypes de genre, égalité versus équité, approche genre dans le développement, discriminations basées sur le genre et articulation entre genre et développement local. Un exercice pratique en groupes a permis aux participants de confronter leurs représentations, de déconstruire certains préjugés et de mieux saisir comment les rôles sociaux attribués aux femmes et aux hommes influencent directement les politiques publiques.
Ce premier module a posé un socle commun indispensable : on ne peut pas planifier de manière sensible au genre si l'on ne comprend pas d'abord ce que le genre implique dans la vie quotidienne des populations.
Module 2 : Planification communale sensible au genre : construire des politiques qui ne laissent personne de côté
Le deuxième module a abordé le cœur opérationnel de la formation : comment intégrer concrètement le genre dans la planification communale ? C'est une question technique autant que politique, qui touche directement à la qualité des services publics offerts aux populations.
Les participants ont été formés à plusieurs outils et méthodes : identifier les inégalités de genre dans leurs communautés, utiliser les données désagrégées par sexe comme base de planification, intégrer les besoins spécifiques des femmes, des hommes, des jeunes et des groupes vulnérables dans les plans de développement communaux, et mettre en place des mécanismes favorisant une participation inclusive dans les instances de décision.
Des exemples pratiques tirés du contexte togolais et ouest-africain ont illustré comment des communes ont réussi à transformer leurs pratiques de planification pour produire des résultats plus équitables. Ces cas concrets ont permis aux participants de projeter les apprentissages dans leur propre réalité institutionnelle.
Module 3 — Budgétisation sensible au genre : quand les chiffres parlent d'équité
Le troisième module a abordé une dimension souvent négligée mais décisive : la budgétisation sensible au genre. Car si la planification définit les orientations, c'est le budget qui détermine ce qui sera réellement mis en œuvre.
La formatrice a démontré avec clarté qu'un budget communal construit sans analyse de genre est un budget qui, par défaut, favorise les groupes déjà privilégiés. Les participants ont été initiés aux principes fondamentaux de la budgétisation sensible au genre, à l'analyse des dépenses publiques sous l'angle de l'équité, aux mécanismes permettant de réduire les inégalités à travers les allocations budgétaires, ainsi qu'aux outils de suivi et d'évaluation des actions sensibles au genre.
Ce module a convaincu les participants que la budgétisation sensible au genre n'est pas une contrainte supplémentaire mais un outil de performance qui améliore l'efficacité des politiques publiques et renforce la confiance des populations envers leurs institutions.
Des recommandations pour ancrer le changement dans la durée
À l'issue des deux jours de formation, les participants ont formulé des recommandations concrètes et ambitieuses. Ils appellent notamment à organiser régulièrement des sessions de renforcement de capacités sur le genre à destination des acteurs communaux, à intégrer systématiquement l'approche genre dans les plans de développement et budgets des quatre mairies, à créer des cadres de concertation inclusifs impliquant la société civile, les élus et les jeunes, à mettre à disposition des communes des outils pratiques adaptés au contexte local, et à assurer un suivi rigoureux de la mise en œuvre des acquis sur le terrain.
Ces recommandations témoignent d'une prise de conscience collective : la formation n'est pas une fin en soi, mais le point de départ d'une transformation durable des pratiques institutionnelles.
Le REFED, moteur d'une gouvernance inclusive au nord du Togo
Cette formation illustre parfaitement la mission du REFED : transformer les institutions locales de l'intérieur, en dotant ceux qui décident des outils pour décider mieux et plus équitablement. En ciblant simultanément les techniciens et les élus, le REFED s'assure que le changement s'opère à tous les niveaux de la gouvernance communale.
Grâce à l'appui stratégique de Speak Up Africa et Voix Essentielles, cette initiative contribue à construire, commune par commune, une gouvernance locale qui reflète réellement la diversité des populations des Savanes et qui travaille pour le bien-être de toutes et de tous.