Le 3 juillet 2026, sept cantons de la préfecture togolaise de l'Oti-Sud se sont formellement engagés à mettre en place leur Comité cantonal de gestion foncière d'ici le début du mois d'août. Cet engagement est l'aboutissement d'un atelier de plaidoyer organisé par le Réseau des femmes pour le développement, avec l'appui financier et technique de la Coopération allemande (GIZ), qui a su transformer un texte réglementaire resté longtemps théorique en un calendrier d'action précis et signé par les principaux intéressés.
Un enjeu de développement local avant tout
Au Togo, comme dans une grande partie de l'Afrique de l'Ouest, la terre n'est jamais un sujet anodin. Elle constitue à la fois un moyen de subsistance, un patrimoine familial transmis de génération en génération et, de plus en plus souvent, un terrain de tensions. Héritages contestés, limites de champs mal définies, ventes informelles ou pressions démographiques alimentent des conflits fonciers qui minent la cohésion sociale dans de nombreuses localités rurales, parfois jusqu'à opposer des familles entières ou des communautés voisines pendant plusieurs années.
C'est précisément pour répondre à ce défi que la préfecture de l'Oti-Sud a accueilli, le 3 juillet 2026, un atelier de plaidoyer d'un genre particulier. Il ne s'agissait pas d'une énième réunion administrative, mais d'une rencontre de travail réunissant autorités locales, représentants de l'État et chefs traditionnels, avec un objectif unique et mesurable : faire sortir des textes réglementaires les comités cantonaux de gestion foncière, plus connus sous l'acronyme CGFC, et les installer réellement, canton par canton.
Des textes existants, une mise en œuvre à accélérer
Les CGFC ne sont pas une invention de cet atelier. Ils existent depuis un certain temps déjà dans les textes togolais relatifs à la gouvernance foncière, conçus comme des instances de proximité capables de prévenir et d'arbitrer les différends liés à la terre avant qu'ils ne dégénèrent. Mais entre l'existence d'un cadre réglementaire et son application effective sur le terrain, il y a souvent un fossé que seul un travail patient de sensibilisation et d'accompagnement permet de combler.
C'est ce rôle de facilitation qu'a endossé le Réseau des femmes pour le développement, organisation de la société civile engagée de longue date sur les questions de développement local. En choisissant la voie du plaidoyer direct auprès des autorités et des chefs de canton plutôt que celle de la seule sensibilisation des populations, le REFED a misé sur un principe simple : une réforme foncière ne s'ancre durablement que si ceux qui exercent l'autorité coutumière et administrative se l'approprient les premiers. Cette démarche a pu être menée grâce au soutien financier et technique de la GIZ, l'agence allemande de coopération internationale, partenaire de longue date des programmes de gouvernance foncière au Togo.
Une cérémonie d'ouverture qui pose les bases du dialogue
L'atelier s'est ouvert par trois prises de parole qui, chacune à sa manière, ont donné le ton des travaux. La coordinatrice du REFED a d'abord accueilli les participants en rappelant que la gestion foncière n'est pas qu'une affaire technique, mais qu'elle conditionne directement le développement local et la paix sociale. Madame le Maire a ensuite salué l'initiative, insistant sur la nécessité d'une gestion concertée et inclusive des terres, dans un contexte où les conflits fonciers se multiplient, et a exhorté les chefs traditionnels à travailler en synergie avec les autorités locales.
Le représentant du préfet de l'Oti-Sud a enfin officiellement ouvert les travaux en réaffirmant l'engagement de l'administration à accompagner la mise en place des CGFC dans l'ensemble des cantons de la préfecture. Il a invité les chefs de canton à s'approprier pleinement le processus et à respecter les dispositions réglementaires en vigueur, plaçant ainsi la responsabilité de la réussite du projet entre les mains de ceux qui, au quotidien, arbitrent déjà informellement les questions de terres.
Des échanges nourris par des études de cas concrètes
Passé le cadre protocolaire, l'atelier a rapidement basculé dans le concret. Une présentation d'études de cas relatives à la gestion foncière a servi de point de départ aux échanges, illustrant à la fois les difficultés rencontrées dans la gestion des conflits et les bonnes pratiques qui, ailleurs, ont permis d'améliorer la gouvernance foncière locale. Ce choix méthodologique n'est pas anodin : plutôt que de dérouler un exposé théorique sur ce que devrait être un CGFC, les organisateurs ont préféré partir de situations vécues pour nourrir la réflexion collective.
Les échanges qui ont suivi ont été à la hauteur de cette approche, décrits comme riches et interactifs. Les participants ont partagé leurs propres expériences, mis des mots sur les défis spécifiques à leurs cantons et, surtout, formulé des recommandations concrètes pour accélérer la mise en place des comités.
Un calendrier précis pour chacun des sept cantons
L'un des résultats les plus tangibles de la journée est sans doute la traduction immédiate des engagements en calendriers datés. Sagbiébou a fait le choix le plus resserré, avec une sensibilisation et une installation de son comité programmées le même jour, le 16 juillet 2026, signe d'une préparation déjà bien avancée. Grando suivra de près, avec une phase de sensibilisation le 21 juillet et une mise en place dès le 23 juillet, tandis que Kountoiré retient les 25 et 29 juillet pour ces deux mêmes étapes.
Tankpamba a opté pour un calendrier plus étalé, avec une sensibilisation dès le 24 juillet mais une installation reportée au 6 août, et Nali suivra un rythme comparable, entre le 27 juillet et le 3 août. Mogou, de son côté, a choisi de concentrer sensibilisation et mise en place sur une même date, le 28 juillet. Koumongou, enfin, a retenu l'approche la plus progressive, avec une semaine complète de sensibilisation et de formation, du 25 au 29 juillet, avant l'installation du comité les 1er et 2 août.
Cette diversité de rythmes n'est pas un détail : elle montre que les cantons n'ont pas reçu une feuille de route uniforme imposée d'en haut, mais ont chacun calibré leur calendrier en fonction de leurs réalités locales, ce qui est souvent un gage d'appropriation réelle plutôt que de conformité de façade.
Un engagement signé, pas seulement prononcé
Ce qui distingue cet atelier d'un simple exercice de sensibilisation, c'est la formalisation de l'engagement pris par les chefs de canton. Au terme des travaux, ils ont procédé à la signature d'un document par lequel ils s'engagent nommément à mettre en place un comité cantonal de gestion foncière dans leur canton respectif, conformément aux plans d'action élaborés durant la journée.
Ce geste, en apparence symbolique, a une portée bien réelle dans le contexte togolais, où l'autorité coutumière conserve un poids déterminant dans l'acceptation sociale d'une réforme. Un chef de canton qui appose sa signature à côté d'une date précise s'engage devant ses pairs, devant l'administration et, indirectement, devant sa propre population. C'est un mécanisme de redevabilité qui dépasse la simple bonne volonté affichée en réunion.
Ce que cela change concrètement pour les populations
Au-delà de l'atelier lui-même, c'est la vie quotidienne de milliers d'habitants de l'Oti-Sud qui est potentiellement concernée par cette dynamique. Un CGFC réellement fonctionnel offre à une famille en litige foncier une instance de proximité, rapide et gratuite, avant de devoir engager des procédures judiciaires longues, coûteuses et parfois inaccessibles depuis les zones rurales. Il permet également de sécuriser les investissements agricoles, puisqu'un producteur qui sait sa terre à l'abri d'une contestation future est plus enclin à y investir sur le long terme, que ce soit par la plantation d'arbres, la construction d'un point d'eau ou l'amélioration durable des sols.
Pour les autorités locales, la généralisation des CGFC constitue également un outil de prévention plutôt que de gestion de crise. Un conflit foncier traité en amont, au niveau du canton, coûte infiniment moins cher en temps, en ressources et en tensions sociales qu'un conflit qui s'envenime jusqu'à nécessiter l'intervention de la préfecture, voire des forces de l'ordre. C'est cette logique de prévention qui semble avoir convaincu le représentant du Préfet d'inscrire ce chantier parmi les priorités de l'administration.
Un accompagnement du REFED et de la GIZ qui se poursuit dans la durée
L'atelier du 3 juillet 2026 ne marque pas la fin de l'implication du REFED, mais plutôt le point de départ d'un accompagnement technique et continu, mené avec le soutien constant de la GIZ. Les deux partenaires ont d'ores et déjà annoncé qu'ils poursuivraient leur appui auprès des cantons pour s'assurer que les engagements pris se traduisent effectivement en comités opérationnels, dans le respect des calendriers fixés.
Ce suivi sera déterminant. L'histoire du développement local regorge d'ateliers prometteurs dont les recommandations sont restées lettre morte faute de relais après la cérémonie de clôture. En affichant des dates précises et un engagement signé, l'atelier de l'Oti-Sud s'est donné les moyens de sortir de cet écueil. Reste désormais à transformer l'essai, canton après canton, d'ici le mois d'août 2026, pour que la gouvernance foncière participative, transparente et pacifique évoquée par les organisateurs cesse d'être un objectif pour devenir une réalité vécue par les populations.